Le Référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant https://solidarites.gouv.fr/sites/solidarite/files/2025-07/Referentiel-national-qualite-accueil-jeune-enfant-impression.pdf, publié en mai 2025, devait être une avancée majeure pour les crèches, micro-crèches et EAJE. Conçu pour replacer les besoins de l’enfant au centre, il ambitionne de transformer les pratiques éducatives. Pourtant, sur le terrain, il crée une forte polémique : de nombreux professionnels dénoncent un texte idéologique et irréaliste, qui a déjà déclenché une pétition nationale.
Les ambitions du nouveau référentiel petite enfance
- Favoriser l’expression émotionnelle des enfants.
- Limiter au maximum les sanctions, jugées délétères pour le développement.
- Proposer des “temps d’accueil tendre” en cas de crise.
- Réduire l’utilisation de tétines ou doudous, considérés comme des “béquilles émotionnelles”.
Les mesures qui font polémique
Plusieurs points précis cristallisent la colère des professionnels de crèche et micro-crèche :
1. La remise en question des sanctions
Le référentiel affirme que toute sanction, même éducative, peut être vécue comme une violence. Il recommande de ne pas isoler un enfant, même après un comportement agressif, et de privilégier un accompagnement par la tendresse.
Les pros dénoncent un risque de perte de cadre et d’autorité éducative.
2. L’interdiction des “time-out” classiques
La mise à l’écart temporaire d’un enfant (par ex. une chaise de réflexion de 2 minutes) est assimilée à une forme de maltraitance.
Selon les collectifs, cela prive les équipes d’un outil de régulation efficace, surtout avec des enfants de plus de 2 ans.
3. La limitation des doudous et tétines
Le référentiel préconise de restreindre leur usage, au profit d’un apaisement assuré uniquement par l’adulte.
Les professionnels jugent cela déconnecté de la réalité, car ces objets sont souvent des repères sécurisants pour les enfants.
4. La gestion des crises de colère
Un enfant qui crie, tape ou jette des objets ne devrait pas être sanctionné, mais accompagné dans l’expression de sa “tempête émotionnelle”.
Pour beaucoup, cela revient à normaliser des débordements, au détriment de la sécurité et du climat collectif en EAJE.
Les réactions des professionnels : entre colère et lassitude
Un collectif d’experts (C. Goldman, É. Badinter, B. Golse, D. Marcelli, C. Dolto…) a signé une tribune dans Le Pointdénonçant « l’infiltration d’une idéologie positive » qui nie la frustration et le cadre nécessaires à l’enfant.
Parallèlement, une pétition circule parmi les pros de la petite enfance, réclamant une révision du texte. Le mot d’ordre :
« Oui à la qualité d’accueil, mais pas sans cadre, ni sans moyens humains et financiers. »
Pourquoi ce débat est crucial pour les EAJE
Le débat autour du référentiel petite enfance 2025 dépasse la seule polémique. Il interroge la manière dont les crèches et micro-crèches peuvent réellement appliquer des normes ambitieuses, tout en gérant le manque de personnel, le turnover et la pression quotidienne.
Les professionnels des EAJE rappellent que la bienveillance ne peut fonctionner qu’avec des moyens, une reconnaissance de leur métier et une prise en compte des contraintes de terrain.
Conclusion : entre idéalisme et réalité
Le Référentiel national petite enfance visait à garantir un accueil bienveillant et respectueux des droits de l’enfant. Mais pour beaucoup, il tombe dans le piège de l’idéalisme, au risque de fragiliser encore des équipes déjà sous tension.
Le vrai enjeu : trouver un équilibre entre bienveillance et cadre éducatif, afin d’accompagner les enfants tout en préservant les professionnels.